Nous sommes au Costa Rica, et je visite la forêt des nuages. Orlando notre guide nous pose alors une question « Selon vous, pourquoi un arbre tombe-t-il ? » La réponse nous parle de nous, êtres humains. Embarquez avec moi pour une leçon sur les arbres qui tombent.
Article de Ketsia BONNAZ, publié le 12 octobre 2026.
1. Un arbre tombe
Nous sommes au Costa Rica, et je visite la « forêt des nuages » qui est un lieu d’une beauté presque surnaturelle : les nuages reposent sur les arbres qui s’élèvent à plus de 30 mètres de hauteur.
Orlando notre guide nous explique toute la beauté et la complexité de ce qui se passent dans cette forêt millénaire : des arbres immenses qui se battent pour capter la lumière, des centaines d’espèces végétales qui poussent les unes sur les autres, les liens d’interdépendances entre faune et flore, où l’un pollinise, et l’autre fourni abris et nourriture. Nous nous arrêtons devant un arbre mort, couché au sol. D’en bas, nous voyons enfin un peu de soleil, habituellement caché par la végétation luxuriante. En tombant, l’arbre majestueux, de plus de 30 mètre, a tout arraché sur son passage. C’est plus d’une tonne de bois mort et de feuilles en décomposition qui viennent enrichir le sol.
Orlando nous pose alors une question : « Selon vous, pourquoi un arbre tombe-t-il ? »
Après une réflexion peu éblouissante, je dois dire, il nous donne la réponse. Un arbre de la forêt costaricaine tombe pour 3 raisons principales, que je vous invite à découvrir ci-dessous.
2. Les poids inutiles
Voilà la première raison pour laquelle un arbre tombe : les poids inutiles qu’il porte.
Dans la forêt costaricaine vieille de plusieurs siècles, les arbres majestueux qui s’élèvent souvent à plus de 30 mètres de hauteur tombent parce qu’ils sont trop lourd. Trop lourd du poids des autres. Au fil des années, s’installent sur leur tronc du lierre, des fleurs, des lianes, des plantes diverses et parfois mêmes d’autre arbres…Les scientifique appellent cela des épiphytes qui, quand elles meurent, constituent un terreau fertile pour de nouvelles plantes. Le poids de ces plantes qui poussent sur des arbres peut dépasser une tonne sur un seul tronc. Et une tonne, c’est lourd.
Alors que le guide nous expliquait tout cela, je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec nous, les êtres humains. Et à quel point parfois, accumuler le poids des autres peut être lourd.
Vous le savez, je ne suis pas de ceux qui prônent un développement personnel autocentré et coupé de la réalité et de la nécessité de la communauté. Bien au contraire. Dans son ouvrage au titre provocateur « L’art subtil de s’en f*utre », l’auteur Mark Manson explique ceci « En fait, s’en foutre n’existe pas. Tu es obligé de t’en faire pour quelque chose. C’est de l’ordre de la biologie de toujours de tenir à quelque chose a minima. Alors question : a quoi choisissons-nous de tenir1 ? » Puis il continue ainsi :
« Tu n’es pleinement heureux que quand tu identifies les problèmes que tu as envie d’avoir et de solutionner »
>> Que permettez-vous de s’installer sur votre tronc, qui n’a rien à y faire ? Quels sont les poids que vous portez qui ne sont pas de votre ressort ? Les choses dont vous vous inquiétez qui n’ont quasiment aucune chance de se produire ? Les relations qui vous pompent votre énergie sans vous en donner aucune ? Les habitudes malsaines qui vous sclérosent et vous étouffent ? Et qui, inévitablement, vous feront tomber ?
La leçon des arbres, c’est de s’assurer de se débarrasser au fur et à mesure des choses inutiles qui s’accumulent. Et de choisir en liberté et en conscience les choses auxquelles nous portons attention.
3. La profondeur des racines
Dans la forêt tropicale costaricaine, la course vers le soleil est féroce. Il y a tant de végétation que d’en bas, le soleil est à peine visible. Alors, pour avoir une chance de survie, les arbres investissent toute leur énergie à pousser le plus vite possible vers le soleil. Et ils délaissent un élément essentiel à leur longévité : la profondeur de leurs racines.
A cause de ce manque d’enracinement, les arbres sont fragilisés, et lorsqu’un élément extérieur arrive, ils ont peu de chance de résister.
Privilégier la course vers la lumière au dépend de la profondeur, c’est bien là un trait commun entre les arbres et nous, êtres humains. Avoir le plus de likes sur les réseaux sociaux, arriver premier au concours, grimper les échelons le plus vite possible avant l’âge de 30 ans, être désirable aux yeux des autres… Rien de cela n’est mauvais en soi, nous avons tous besoin de lumière. Mais ce qui fera tenir bon, c’est la solidité des racines.
Lorsque je questionne ce que des racines solides veut dire pour nous, je pense à différentes choses :
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- Les racines, ce sont les valeurs de vie, les choses que nous identifions comme étant le plus importantes, comme apportant du sens. Quelles sont les valeurs qui dictent vos comportements, notamment dans les choix difficiles, et qui font que vous êtes fier d’être la personne que vous êtes ?
- Les racines, ce sont aussi les relations que nous créons et entretenons, les personnes qui nous connaissent, nous soutiennent, nous interpellent. Sur qui pouvez-vous compter, qui vous dira les choses telles qu’elles sont, en étant de votre côté ?
- Les racines, c’est aussi une question de foi, baser notre espérance sur quelque chose de solide. En qui ou en quoi mettez-vous votre foi, fondez-vous votre espoir ?
Pour tenir ferme, nous avons tous besoin de racines qui s’approfondissent.
>> Comment allez-vous fortifier l’alignement entre vos valeurs et vos décisions, solidifier des relations de confiance et de vérité mutuelle, et ancrer votre foi sur des bases immuables ?
4. La force du vent
La troisième raison pour laquelle un arbre tombe, c’est à cause de la force du vent.
Cela peut paraitre évident, pour les arbres comme pour les humains. Nous ne contrôlons pas les événements extérieurs, les crises, la maladie, les êtres chers qui nous sont arrachés, la conjoncture économique ou la violence du monde. Le vent peut souffler très fort, et cela ne nous appartient pas.
Ce qui nous appartient, c’est d’être enracinés profondément pour résister au vent, c’est se débarrasser des poids inutiles qui nous font flancher, et c’est développer notre capacité à plier, mais ne pas rompre.
Cela s’appelle la résilience, l’aptitude à encaisser les coups, ployer, mais ne pas tomber. Les arbres les plus résistants, ceux qui traversent les siècles et dont le bois est précieux, ont appris à traverser ainsi les tempêtes. Nous ne gagnerons jamais toutes nos batailles, mais nous pouvons apprendre à nous relever, encore et encore. Lâcher du lest, abandonner des certitudes inutiles, ne pas s’appesantir sur le passé, apprendre à faire différemment, persévérer, se réinventer, faire à nouveau confiance.
Oui, les vents font peurs, ils ébranlent, nous rendent vulnérables, nous confrontent à nous-mêmes. Ils peuvent parfois être une opportunité, parfois être dévastateurs. Mais la vie est toujours plus forte !
J’ai vu plusieurs de ces arbres immenses qui, en tombant, ont libéré un espace pour que le soleil soit à nouveau visible et qui sont devenus un terreau fertile. Une nouvelle vie a jaillit et de nouvelles plantes ont repoussé, avec une nouvelle chance de tenir bon face au vent, fermement enraciné et allégé du superflus.
Notes :
- Note 1 : « L’art subtile de s’en f*utre », Mark Manson, éditions Eyrolles, 2016, citation p14-15
- Note 2 : « L’art subtile de s’en f*utre », citation p30
- Crédit photo : Melanie FRESHOUR
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